Un médecin à Cuffies ?


   Bien que Cuffies ait la chance d’avoir sur place une maison médicale avec des infirmiers et une pharmacie, la situation est devenue alarmante pour notre commune comme pour tout le Soissonnais et le département de l’Aisne où de nombreux médecins pour diverses raisons cessent leur activité et où les rares nouveaux ne s’installent pas. Les médecins contactés pour Cuffies ont jusqu’ici décliné l’offre.
Une réunion a eu lieu le 20 octobre 2017 en la salle du conseil de la mairie en présence de Mme Champenois, conseillère départementale, de M. Corneille, maire de Cuffies, et de quelques élus des communes concernées, pour faire le point sur la situation actuelle dans notre canton (14 communes/6000 habitants/700 étudiants), sans médecin désormais depuis les dernières élections législatives. 


M. Emmanuel Pitois, médecin à Soissons, a dressé un constat alarmant quant à la démographie médicale dans notre département et sur le bassin soissonnais où de nombreux départs de médecins sont encore prévus pour fin 2017, 2018 et 2019. Il a parlé de la pénibilité du travail des médecins restés en exercice dont le nombre de patients ne peut augmenter à l’infini : avec l’évolution actuelle, au 1er janvier 2020 un médecin aurait en moyenne 2000 patients pour une moyenne nationale actuelle de 864 ! Les conditions de consultation changent : moins de temps à consacrer à chaque patient, moins de visites par an et par patient, moins bonne communication sur le traitement à suivre, prescription de traitements sur un temps plus long pour des maladies plus fortes, etc. Depuis quinze ans, on assiste à une baisse des installations dans le Nord de la France malgré la proximité de Paris, une attraction des zones plus touristiques, un changement de mentalités des médecins.


La dégradation de l’offre de soins et la situation difficile de la pharmacie de Cuffies depuis le départ en retraite du Dr Wagner il y a 2 ans, ont été bien soulignées par M. Levaux et son épouse Laurence de l’officine ouverte depuis 36 ans, qui voudraient cependant pouvoir rester en gardant leurs employés qualifiés. La perte de la marge brute de l’officine est de 10 %. Or 65 % de la clientèle est extérieure à Cuffies. 


M. Ucendo, infirmier à Cuffies, a témoigné du sentiment d’abandon et des désordres comportementaux (automédication, réévaluation de la posologie, déni du besoin de soins...) de la population souvent âgée et vulnérable dépendant des cabinets infirmiers, laissant envisager des complications médicales, une mise en danger de la santé de chacun et des coûts de santé majorés qui vont exploser à l’avenir.
Un habitant d’Osly-Courtil, M.Perrinot, a présenté son initiative énergique : une lettre au préfet avec mise en demeure de lui trouver un médecin ayant moins de 1000 patients, et dépôt de plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et discrimination de certains citoyens par rapport à d’autres.
 


M. Aubet, président de l’association « Bien vivre à Cuffies » a résumé les raisons mécaniques, sociales et régionales de la pénurie de médecins et ses conséquences : augmentation de la charge de travail des médecins restants, de leur patientèle, fermetures des officines de pharmacie, baisse de la qualité de la prise en charge, difficulté pour trouver un médecin référent et donc être remboursé. Il a aussi détaillé les mesures et aides gouvernementales actuellement proposées à l’installation de médecins.

Différentes solutions ont été discutées ensuite :

  • Une demande de classement par l’ARS (agence régionale de santé) de notre bassin en zone sous dotée, dite zone de revitalisation, pour l’obtention d’aides.
  • M. Delatte nous assure dans une lettre lue par M. Levaux, de son soutien et propose à un futur médecin, voire deux, souhaitant s’installer à Cuffies, son cabinet médical en location, à 800 € pour un médecin, 900 € pour 2 médecins, soit une ristourne de 30 %.
  • Le loyer pourrait être pris en charge par les mairies, au prorata du nombre d’habitants, le temps pour un nouveau médecin de se créer une patientèle.
  • La pétition de soutien lancée récemment et destinée à Mme Buzin, Ministre de la santé, a recueilli à ce jour déjà 2200 signatures. Elle a été envoyée à la mi-décembre en lettre recommandée.
  • Une intéressante et récente candidature spontanée de la part d’un médecin expérimenté venant de Tunis, le docteur Agha, voire de son épouse, elle-même médecin généraliste spécialisée dans le sport - ce qui serait intéressant pour les étudiants du Staps de Cuffies -, a été visionnée. Elle nécessite des démarches particulières pour être acceptée, puisque émanant d’un médecin avec diplôme passé hors Union Européenne, qui devrait selon la réglementation effectuer encore trois ans d’internat malgré ses 56 ans, dont 25 ans d’expérience derrière lui, notamment en tant qu’expert auprès des assurances.
  • Une lettre de M. le Maire, adressée à Madame la Ministre des solidarités et de la santé, a été rédigée suite à cette réunion, pour demander le classement de notre bassin en zone sous dotée ainsi qu’une dérogation pour l’installation de ce médecin, la plus rapide possible, après vérification de ses compétences médicales et administratives.

    Nous espérons que ces actions mèneront à des réalisations concrètes pour 2018 et continuons d’y travailler.
    (article publié dans Le Cufficien n° 136 de décembre 2017)